Deux fois par an, le NCSC, le centre national suisse pour la cybersécurité, publie un rapport qui fait le point sur les menaces observées. Le dernier en date, paru le 30 mars 2026, porte sur le second semestre 2025. C’est une lecture utile pour tout dirigeant, car il ne parle pas de scénarios théoriques : il décrit ce qui s’est réellement passé en Suisse.

Un niveau de menace jugé stable, mais élevé

Premier constat, plutôt rassurant : le NCSC estime que le niveau global de menace est resté relativement stable et que la cyberrésilience du pays demeure robuste. Il n’y a pas eu d’effondrement, pas de vague catastrophique.

Cela ne signifie pas que la pression retombe. Le rapport souligne au contraire que les attaques deviennent plus ciblées et plus complexes. Autrement dit, les attaquants professionnalisent leurs méthodes, ce qui rend les défenses de base plus vite dépassées.

Le rançongiciel reste la menace la plus lourde

Le rançongiciel, ce logiciel qui chiffre vos fichiers et réclame une rançon pour vous en rendre l’accès, continue de figurer parmi les dangers les plus sérieux pour les organisations suisses. Le NCSC a recensé 57 incidents de ce type au second semestre 2025.

Le rapport pointe une intensification de l’activité du groupe Akira, l’un des acteurs les plus actifs sur cette période, et identifie une faille dans les équipements SonicWall (un fabricant de pare-feu et d’équipements de sécurité réseau) comme une porte d’entrée fréquemment exploitée. Cette précision est instructive : très souvent, l’attaque ne vise pas une faiblesse humaine, mais un équipement dont la mise à jour a été négligée.

Le NCSC maintient sa recommandation de ne pas payer la rançon. Le raisonnement est simple : une fois le paiement effectué, rien ne garantit que les criminels ne publieront pas quand même vos données, et chaque rançon versée finance et encourage les attaques suivantes.

Des techniques d’hameçonnage qui se renouvellent

Le rapport met aussi en avant des campagnes de vishing et d’hameçonnage en temps réel. Le vishing, contraction de « voice phishing », est un hameçonnage par téléphone : l’attaquant appelle sa victime en se faisant passer pour une personne de confiance (une banque, un support informatique) afin de lui soutirer des informations ou de la pousser à agir. L’hameçonnage en temps réel, lui, permet à l’attaquant d’intercepter des codes d’authentification au moment même où la victime les saisit.

Fait notable, des « SMS blasters » ont été observés en Suisse pour la première fois durant l’été 2025. Il s’agit d’appareils capables d’envoyer massivement de faux SMS aux téléphones situés à proximité, sans passer par le réseau des opérateurs, pour diffuser des liens frauduleux. C’est le genre de menace nouvelle qui prend de court les entreprises habituées aux seules arnaques par courriel.

Ce que ces chiffres disent aux PME

À la lecture de ce rapport, une leçon se dégage pour les dirigeants de PME. Les attaques les plus fréquentes ne relèvent pas de la haute technologie inaccessible : elles exploitent des équipements non mis à jour, des mots de passe volés et la confiance des collaborateurs au téléphone. Ce sont des angles que l’on peut réduire.

Vous pouvez agir immédiatement sur plusieurs fronts. Maintenir à jour vos pare-feu et vos équipements réseau ferme une porte que le groupe Akira, entre autres, sait exploiter. Sensibiliser vos équipes au fait qu’un appel téléphonique peut être une attaque les rend moins vulnérables au vishing. Isoler vos sauvegardes vous donne une porte de sortie face à un rançongiciel, sans avoir à négocier avec des criminels.

En perspective

Ces gestes réduisent réellement votre exposition, et il serait faux de prétendre le contraire : on peut déjà faire beaucoup soi-même pour limiter la casse. Mais un rapport comme celui du NCSC montre aussi la limite de l’approche générique. Les attaquants ciblent des équipements précis, adaptent leurs techniques et changent de méthode d’un semestre à l’autre.

Savoir lesquels de ces risques pèsent vraiment sur votre entreprise, quels équipements de votre réseau constituent votre point faible et comment prioriser vos investissements de sécurité suppose un regard adapté à votre situation concrète. C’est là qu’une analyse professionnelle prend le relais des bonnes pratiques : non pas pour les remplacer, mais pour transformer une vigilance générale en une protection qui correspond réellement à votre entreprise.